Où se cache le contenu pédophile sur Internet, et comment le trouver ?

Internet est réputé pour être la plus grosse connerie qu’ai inventée l’homme. (Jacques, si tu m’entends ;-)). Plus sérieusement : depuis nos débuts sur Internet et jusqu’à aujourd’hui, on a toujours entendu dire par nos parents, par les médias et par notre cyber-entourage que le web grouillait de pédophiles et de contenu pédopornographique.

De vous à moi, qui est déjà tombé sur un site pédophile ?
Je ne parle pas d’un site pornographique avec des nenettes de 22 ans déguisés en filles de 16 ans; je parle bien de sites pédophiles, mettant en scène des enfants et des ados subissant des rapports sexuels adultes.

J’ai sondé un peu mon entourage, et la réponse est : personne.

Préambule : cet article touche à un domaine vaste, compliqué, glauque mais tristement passionnant : celui de la pédopornographie sur Internet. Il y aurait des centaines de façons d’aborder ce sujet, des centaines de pistes à suivre et des milliers de choses à raconter. Peut-être écrirais-je d’autres articles à ce sujet. Dans un soucis de clarté et de lisibilité, ce billet ne traitera que des moyens utilisés par les réseaux pédophiles pour diffuser leur contenu.

Le contexte

Tout a commencé en Russie, pays où la pornographie est strictement interdite. C’est en 2000 que le forum Darkmaster est apparu. Darkmaster regroupait tout le business de l’Internet : webmaster, photographe, développeurs, designers etc. Tous étaient là dans l’unique but d’organiser des réseaux pornographiques et distribuer ce contenu sur Internet.

Au milieu du contenu pornographique, circulait librement du contenu pédopornographique, zoophile, nécrophile et tutti quanti. Dans un soucis de bonne conscience, les organisateurs de Darkmaster, forum à la base « simplement pornographique », ont rejeté de leur communauté les diffuseurs de contenus pédophiles qui sont finalement devenus autonomes.

Malgré cette scission au sein de Darkmaster, des réseaux étaient déjà construits, des pactes conclus et des affaires dues : les « Lolita webmaster » (les pédopornographes exclus du forum) s’étaient dors et déjà alliés à une floppé de professionnels du web. Ils ne leur manquaient plus que des faussaires, des hackers et des administrateurs réseaux : personnes qu’ils trouveront très rapidement sur les boards du même genre que Darkmaster.

La pédopornographie hi-tech était née.

Qui diffusent ?

Avant 2004, année où le FBI a mené une longue enquête menant à un raid spectaculaire dans le domaine de la pédopornographie sur Internet, les producteurs de pédopornographie étaient la plupart du temps les diffuseurs de leur propre contenu. Les sites étaient mal cachés et les créateurs très rapidement arrêtés par la police. Il n’existe désormais qu’une infime poignée de producteurs/diffuseurs de contenu pédopornographique sur internet. Ces pédophiles amateurs sont de véritables cadeaux pour la police qui les utilisent pour tracer les consommateurs et parfois cerner de plus gros réseaux.

Et on y vient enfin : désormais ce ne sont plus des individus qui diffusent du contenu pédophile sur internet mais une cyber-mafia plus organisée que n’importe quelle entreprise au monde. Le chiffre d’affaire du « leader » dans le domaine  de la pédopornographie en 2004 s’élèvait à 22 millions de dollars par an : en vendant un accès à leur site pour 40$ à + de 1500 personnes par jour.

Comment est diffusé le contenu pédopornographique ?

Les diffuseurs de contenu pédophile ne sont désormais plus les producteurs eux même; ces diffuseurs appelés aussi « opérateurs » règnent en maitre sur ce genre de réseaux : sans eux, tout s’écroulerait. Ce sont eux qui récoltent une grande partie des bénéfices, ce sont eux qui constituent le corps d’élite du réseau et ce sont eux qui bénéficient des dernières technologies en matière de contournement/anonymat/diffusion.

J’en viens au fait.
Le contenu pédophile est diffusé sur le net de plusieurs façons :

1) Par l’intermediaire de sites web : dans ce cas, la connexion au site se fait par l’intermediaire d’une combinaison de serveurs proxy. Un proxy est un moyen de brouiller vos traces en faisant circuler vos données de connexion par des serveurs souvent situés à l’étranger. Ce moyen rend donc les connexions au site pédophile complètement anonymes. Ces sites web pédophiles sont éphémères : ils ne seront en ligne que quelques heures, quelques jours tout au plus. C’est grâce au spam que les diffuseurs informent les consommateurs potentiels de la disponibilité d’une plateforme pédophile. Les emails spammées proviennent soient de bases de données de sites pédophiles fermés depuis les années 2004, soit de listes vendus par des hackers aux diffuseurs. Ces listes proviennent de bases de données de sociétés n’ayant rien à voir avec ce trafic.

2) Par l’intermediaire de…. votre ordinateur : les hackers ont un rôle primordial dans la diffusion de contenu pédopornographique. Ce sont grâce aux « chevaux de trois (trojan) » que les pirates infectent des ordinateurs personnels pour ensuite les utiliser comme plateforme de spam. A l’insu de l ‘utilisateur, l’ordinateur vérolé peut ainsi envoyer des milliers de mails par mois ou mieux encore, peut héberger du contenu pédopornographique. Ce type d’attaque permet de créer des véritables réseaux de serveurs zombies contrôlés par les pirates. D’où l’importance de connaitre les règles de base en matière de sécurité informatique : antivirus et pare-feu sont de mises.

3) Par l’intermediaire de bureaux à distance. De nouveaux services d’hébergement de contenu pédophile ont vu le jour en Europe de l’Est et en Russie : cette fois, les diffuseurs proposent aux consommateurs de louer un serveur sur lequel est hébergé des Gigaoctets de contenu. Grâce aux nouvelles technologies et tout particulièrement celle développée par Windows Server 2008, il suffit au client de se connecter via un logiciel de contrôle de bureau à distance pour prendre le contrôle du serveur contenant les fichiers pédophiles,  le tout depuis son ordinateur perso.

Une fois connecté, le consommateur peut accéder au contenu du disque dur protégé par un mot de passe que le diffuseur lui a communiqué par mail précédemment.

En bref : comment les autorités peuvent-elle luter ?

Soit en luttant contre le spam : lutte sans fin qui n’a jamais portée ses fruits. Soit en pistant les consommateurs : chose qui devient de plus en plus compliquée, étant donné l’utilisation systématique de proxy.

La dernière solution et la plus efficace serait de faire pression sur les banques faisant transiter l’argent sale et de couper les flux monétaires émanant de tous ces trafics. Les banques en question, peu scrupuleuses, font leur commerce grâce à ces réseaux nauséabonds et font mine de ne rien voir. Le problème est là.

La première des choses à ne pas faire pour lutter contre ce fléau est de filtrer l’internet (comme le veut le président Sarkozy) : après lecture de ce billet, vous comprendrez très aisément qu’un filtrage sur le nom du site, sur l’adresse du site ou sur les mots clef du contenu n’auront à priori aucun effet sur les réseaux qui ont déjà 3 wagons d’avance sur les gouvernements.

(triste) Conclusion : Vous n’allez pas au contenu pédophile, le contenu pédophile vient à vous. Des liens se promènent sur les forums types Darkmaster (très underground évidement) et d’autres se baladent entre initiés. Enfin, le spam est le plus important vecteur de diffusion de contenu pédopornographique.

Mes sources :

- « Le commerce de la Pédopornographie sur Internet de 2000 à 2010, écrit par Fabrice Epelboin en janvier 2010″ -

- « Principe, intérêts, limites et risques du filtrage hybride à des fins de blocage de ressources pédopornographique hébergées sur des serveurs étrangers » – Par Christophe Espern »